• Rencontre avec notre marraine Madame Renée Valet-Huguet

    Rencontre avec notre marraine Madame Renée Valet-Huguet

     

     

    C'est au détour d'une soirée que nous avons eu la chance de rencontrer Madame Renée Valet-Huguet. Nous avons été instantanément fascinées par son ouverture d'esprit. En seulement quelques mots, un lien s'est créé.

    Le colloque Mode & Frontières l'intéressant, nous lui avons présenté notre projet "Carré Créateurs". Sa culture, son savoir et son soutien ont été d'une grande aide dans ce projet interdisciplinaire.

    Ce fut un plaisir de la découvrir et c'est avec émotion que nous lui avons demandé d'être notre marraine lors de l'exposition "Carré Créateur".

    Rencontre avec une dame exceptionnelle.

     

    Qui êtes vous ?  

    Je suis d'abord autodidacte, j'ai un parcours qui n'est pas du tout universitaire. J'ai quitté l'école à quatorze ans pour pouvoir suivre ma bande de copains -  ils étaient des oiseaux rares ! Ils ont déterminé ma voie, qui était une voie d'esthétique, ils m'ont rendue accro à la mode.

    J'avais la notion d'élégance mais eux, m'ont entraînée dans l'extravagance.

    C'était les années soixante et chacun avec notre identité, nous étions forts ensemble. J'étais très libre et aller au lycée était pour moi une souffrance car j'avais besoin d'être avec eux.

    Par la suite, je me suis rendue compte, qu'il me manquait quelque chose, je lisais déjà beaucoup mais j'avais besoin d'aller plus loin, plus profond. Je suis partie en Afrique en faculté des sciences humaines où j'ai commencé à écrire. Je me sentais très seule dans cette communauté d'européennes, les expatriées n'étaient pas là pour partager mais plutôt pour prendre et je ne me retrouvais pas là-dedans.

    Beaucoup de choses m'ont choquée, ça m'a ramenée à ma propre négritude donc j'ai écris sur le problème du métissage que je ne traitais pas encore comme une richesse.

    Parmi mes amis stylistes, je me suis attachée à Daniel Hill.. J'étais très proche de lui, mais aussi de Laurence Renaudin son attachée de presse. Toujours du côté de la mode mais autrement que acheteuse, j'écrivais des articles pour son magazine dans les années 80.

    Quand on me présente, je dis que je suis atypique. J'ai fait de ma couleur une force et cela m'a servi tout au long de ma vie. L'élégance a toujours été une barrière contre la bêtise. Nous ne nous moquons pas de l'élégance.

    Nous pouvons faire tache négativement et tache positivement.

     

    Didier Ludot qui est un de mes amis dit, " tu as fait de toi un personnage "

    Je pense encore une fois que lorsque nous avons une différence, il faut essayer de se distinguer. 

    Cela m'a permis d'être le point de mire des journalistes qui m'interviewent sur mon rapport à la mode, pourquoi je l'aimais autant etc.

    Je suis contente d'avoir eu un parcours marginal, parce que je me suis beaucoup plus amusée. J'ai surtout choisi mes lectures moi-même. Et quand j'écris mes articles, je sais que je ne fonctionne pas comme tout le monde, je n'ai pas été formatée par l'université mais formatée par mes rencontres.

    Il y a 35 ans, j'ai commencé a collectionner le vintage, quand personne ne s'intéressait à ça. Lorsque j'ai rencontré Didier Ludot, du palais royal, je m'habillais déjà un peu vintage dans les fripes.

    J'ai été ébranlée par la collection "Guerre" de Saint Laurent en 1971. Toujours fascinée par la mode des années 40, elle reste pour moi, la plus intéressante car il y a cet effet masculin/féminin, toujours très ingénieux. Même en pantalon, les femmes ne renoncent jamais à leur féminité, elles étaient sûres d'elles. J'aime le vêtement androgyne et cette époque est pour moi la représentation de la féminité.

    On ne s'expose pas mais on a une allure.

    J'ai voulu m'habiller autrement car la mode des années 80 me déplaisait beaucoup.

    J'avais envie d'avoir une belle silhouette. J'ai acheté des vestes d'hommes, du début du prêt-à-porter Américain - plus extravagantes avec des vestes aux gros carreaux jaunes d'or.  Je les portais toujours féminisées par une mini jupe et des énormes ceintures. C'était déroutant mais ça me plaisait.

    Je me suis constituée une garde robe entre fripe et vêtements de grande qualité. J'ai toujours pratiqué le mélange entre moderne et vintage.

    Je suis quelqu'un d'atypique intéressée par la mode et les gens qui s'y intéressent. On ne peut pas me définir en un mot - je suis multiple.

     

    Qu'est ce que pour vous la frontière ?

                                                     

    " Il suffit de passer le pont " de Georges Brassens. 

    Quand nous passons une frontière, nous souhaitons nous fondre dans le paysage

    "Qui se ressemble s'assemble"

    La frontière est une limite que nous passons - Cela  vous entraîne à une autre frontière. Il y a le racisme de classe, de race etc - les frontières sont partout. Par exemple, entre le bon goût et le snobisme ou le bon goût et le dandysme .

    Il peut y avoir le passage de la personne qui aime les belles choses et qui brusquement, par désir mimétique, se laisse entraîner par ce que j'appelle le ridicule.

    La frontière n'est pas seulement géographique et rien n'est figé.

     

    Je rêve d'être très vielle pour passer la frontière de l'extravagance. Je ne serai plus dans la séduction mais dans l'admiration de ce qu'il y a tout autour de moi.

    Il y a en Amérique des femmes vielles extravagantes, c'est de la folie!

    Au festival de cannes en 86, j'étais sur la terrasse du Carlton et j'ai vu une américaine extraordinaire, un perroquet! Elle était habillée de vert et d'orange, jupe verte, pull orange, pareil sur les yeux, c'était génial! Nous oublions qu'elle était vielle.

    C'est aussi ça la frontière, à quel âge, nous passons la frontière du "vieux" ? Pour moi, dans la société c'est à 60ans, quand nous avons la carte senior. J'ai pour coutume de dire "vieux" car à mon sens nous enjolivons tout. Nous passons une frontière mais faut-il pour autant s'adapter ? Toutes les dizaines, il y a un tournant, sur le thème de la mode par exemple. Que faisons nous de notre personne quand nous avons 30 ans, 50 ans ou encore 60 ans? Il est difficile de ne pas être projeté dans la frontière des vieux. A mon sens c'est l'esprit qui doit rester jeune. Avec les décennies qui passent, il y a une angoisse, de passer une frontière.

    L'idée de frontières est indéfinie, il en existe partout.


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